A propos de l'atelier de l'arbre double 

Gérard Tesson

Gérard Tesson

Ce site est la matérialisation d'une rêverie composite dans un lieu unique. Toutes les photographies ont été prises sur ce lieu. Unité de lieu, variation du temps.

 

Toutes vos impressions m'intéressent, n'hésitez pas à entrer en contact.

 

Je ne peins pas pour proposer une vision du monde, mais surement pour mieux voir le monde. Cette nécessité de mélanger des couleurs, de chercher la nuance qui correspond à l’instant, me travaille compulsivement depuis plus de quarante ans. A priori abstraite, cette peinture est passée par toutes sortes d’états formels. Mes premiers tableaux, début des années 80, étaient constitués de bâtonnets de couleurs soumis à des rythmes (ci-dessous).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

J’ai beaucoup utilisé l’écriture, le signe (nul besoin de préciser les références, les influences, ces deux éléments du langage plastique parcourent pratiquement toutes les périodes de l’art moderne et contemporain). Mais quelles qu’aient pu être les variations formelles que je n’ai cessé d’expérimenter avec la peinture, le fil conducteur a toujours été pour moi de chercher à en savoir plus sur la couleur : ses inférences, ses interférences, ses brouillages, sa lisibilité, ses contrastes, etc… (Il me faudrait emprunter au langage de la musique : rythmes, dissonances, accords, harmonies, etc…). Jouer avec la couleur, comme avec un son, un gout, chercher à entrer dans la sensation la plus juste, la plus proche, c’est bien cela qui m’intéresse.

 

 

La série proposée en galerie se compose de dix tableaux construits et réalisés dans la même période (de janvier à mars 2014). Le mode d’élaboration vous sera peut-être plus explicité par les photos de la visite de l’atelier. Dans tous les cas, je suis parti de monochromes peints sur de la fibre de verre tout en laissant une empreinte sur un autre support qui deviendra en quelque sorte l’empreinte chronologique du travail des couleurs. Ensuite ces monochromes ont été découpés et agencés sur d’autres supports. Je me suis obligé à produire des variations formelles. Mais il me semble qu’à l’arrivée elles ont malgré tout une parenté liée au choix initial des coloris. J’ai aussi utilisé des papiers absorbants que j’ai marouflés. Cette série a un lien thématique avec le jardin : les choix des coloris sont synchrones à l’apparition des mêmes coloris dans le jardin (narcisses, crocus, hibiscus, etc…).

 

 

 

Il me semble qu’après un siècle d’art moderne et contemporain on doit pouvoir prendre du recul. Au bout du compte, il n’y a pas de cloison étanche entre l’abstraction et la figuration. Certaines formes dites abstraites sont très suggestives de représentations, certains tableaux que l’on qualifie de figuratifs sont presque abstraits (Turner, Monet). En définitive, seul un art purement conceptuel pourrait être abstrait dans la mesure où il se situe à l’exacte limite de la perception et de la pensée. Pour ma part, l’art est d’abord affaire de perception (ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas de démarche).

 

Mon projet n’est pas d’inventer à partir de rien quelque chose de radicalement nouveau, ni de proposer une quelconque rupture. Je veux juste m’autoriser à combiner des éléments cloisonnés jusqu’ici par l’histoire de l’art dans des esthétiques à priori différentes (écoles, époques). Mes sources, mes inspirations sont à priori hétérogènes, le but du jeu étant de leur trouver une cohérence possible. Je peux emprunter, par exemple, des approches à des peintres aussi différents que Matisse, De Staël ou Hockney. Cela peut paraitre incongru, mais cela pourrait déboucher sur d’intéressants métissages, des propositions hybrides et de temps en temps produire de surprenantes chimères. Même si cela n’est qu’un jeu, ou bien de la cuisine, ou bien encore du jardinage en quelque sorte… Je voudrais juste pouvoir opérer sans les formatages d’une pensée plastique trop codifiée et trop cloisonnée.